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publication de mes élucubrations

19 Dec

départ de Doris

Publié par Clément RAULIN

Deuxième rapport à un supérieur

« Mlle Doriande, votre avis… s’il vous plaît.

Le docteur/gouverneur Garrisson aimait particulièrement son bureau de l’hôpital central. Situé sur une petite bute en contre haut du bloc C, le bloc administrative abritait un bureau d'une trentaine de m² tenant plus de la bibliothèque que d'un salon de travail. Les murs recouverts de traités de psychologie et autre ouvrage sur la sophrologie, médecine chinoise, médecine alternative... donnaient à l'endroit, autrement meublé de fauteuils clubs et d'une table basse où fumaient trois tasses de thé, un aspect cossu, voir bucolique avec sa grande baie vitrée donnant sur l'étang de l'immense parc.

  • Il faut la contraindre à rejoindre le chalet et à se reposer quelques temps.

    La grande brune avait les yeux perdus dans la verdure, l'esprit un peu ailleurs. A peine une heure plus tôt, son chef de service lui avait fait visionné le dernier entretien de Doris avec M. Delon. L'image de son amie effondrée sur son bureau ne la quittait pas. Immédiatement, elle en avait informé son mentor, le docteur Garrisson. Et, maintenant, ce dernier lui demande son avis.

  • Etes-vous de cet avis, docteur Allegua ? Le gouverneur, assis dignement dans un des confortables fauteuils, les bras posés à plat sur les accoudoirs, a le regard posé un peu au dessus de la tête de son vis à vis. Pour se donner une contenance, Pierre saisit une tasse de thé, en boit une gorgée avant de répondre.

  • Tout à fait. Du moins sur le fait qu’elle doit se reposer. Mais, elle seule peut prendre cette décision. J’ose espérer que vous adhérer à ma vision des choses.

  • Evidemment, nous lui laisserons le choix… enfin, peut être.

  • Docteur !Coupa Doriande en se retournant. Je vous en prie : j’apprécie beaucoup Doris et je sais qu’elle est sur une mauvaise pente. Le rôle du docteur Allegua est de faire pression sur elle pour qu’elle prenne ses vacances. Elle jeta un rapide regard à l’intéressé.

  • Moi aussi, je tiens à elle. Interjeta Pierre les yeux emplis de discrètes larmes ; et peut-être plus que toi Doriande. On n’a pas le droit d’imposer des vacances à quelqu’un qui fait bien son travail.

  • Nous tenons tous à elle, intervint le gouverneur tout en se baissant pour se saisir de sa tasse : c’est une bonne psychiatre et une excellente coopératrice... il but une gorgée de thé. Mais cela ne retire rien au fait qu’elle ait craqué et doit se reposer ; Mr Delon, un de ses clients, l’a battu sur son terrain et repoussée dans ses plus bas retranchements.

  • Attendez. Objecta Pierre, empli d’une rage bientôt extériorisée. Nous ne jouons pas ici : nous affrontons la dure réalité des traumatismes humains. Ce type est au trente-sixième dessous et est assez lucide et intelligent pour rejeter toutes les formules d’usage dans son cas. Il ne l’a pas battu ; Doris est dans une période de doute et se pose des questions comme nous tous. Ce patient a répondu, bien malgré lui, à l’une de celles-ci. Tu es d’accord avec moi Doriande.

  • J’avoue qu’il m’arrive de me demander s’il est bien juste de rassurer des gens quitte à mentir. Elle vint prendre sa tasse avant de s'en retourner à la vue du parc. En ces moments là, Pierre méprisait son amie.

  • Bien ! coupa sèchement le Docteur. Que décidons nous d’après vous Mlle Doriande ?

  • Doris ne prendra pas de vacances tant qu’elle aura des clients. Retirez lui les principaux.

  • Le docteur Allegua adhérera forcément à cette solution. Il s’agit, après tout, d’un bon compromis, n’est-ce pas ?

  • Certes, vous ne lui imposez rien de fait. Pierre lâcha cette phrase de dépit intériorisant de façon définitive sa colère. Mais, elle tient beaucoup à ses patients, surtout à ce suicidaire.

  • Justement ! la voix de Doriande sonna haut et clair renvoyant Pierre dans ses quartiers. Il faut lui éviter ce genre de discussion pour le moment.

  • Bon, je me range. Pierre soupira très abattu par la tournure de la brève discussion. Vous redistribuerez les patients à votre convenance ; ainsi, elle partira. » Sur ces mots, il en finit de son breuvage avant de sortir de la pièce sans autre forme de procès.

Le repos de la psychiatre

Son départ et la fin de ses pleurs avaient plongé le bureau dans un silence intolérable. Il s'était bien passé deux heures depuis cet ultime échec, elle était restée assise, l'esprit ailleurs. La montagne, le doux murmure du ruisseau en aval, le bruissement du vent dans les hauts pins odorants, le ciel immaculé, l’émanation des fleurs jaunes : autant de souvenirs qui envahissaient son esprit. Dans un sommeil éveillé, elle s'était permis une évasion de ce lieu de tristesse. Hélas, elle ne pouvait se résoudre à abandonner ses patients : elle sentit le devoir du médecin envers son malade refouler son besoin de respirer. Le son sourd de phalanges s’écrasant sur la porte l’a ramena définitivement dans sa triste vérité. Après un long soupir et s’être essuyé quelques larmes disgracieuses elle fit entrée l’intrus.

Un infirmier lui amenait son nouveau planning : un des autres rituels de la semaine auquel elle ne s’habituerait jamais. Instinctivement, elle le parcouru : elle pensait en connaître le contenu pour l’avoir en partie préparé la veille avec Doriande. Mais, dès la première ligne son regard accrocha une anomalie et la lecture qui en suivit, de plus en plus soutenue, la plongea doucement dans une profonde déception. Se sentant trahie, elle le jeta de dépit dans la corbeille et s’empressa de saisir son téléphone.

Après quelques sonneries, elle fut en contact avec le service des ressources humaines. Après avoir consulter son compte vacance et s'être assurer de la continuité du service, il lui fut rapidement accordé des vacances. Elle enrageait, tout avait été manigancé dans son dos. Elle sortit de l’hôpital le pas décidé et le regard bas, soucieuse de ne croiser aucun visage connu. Dehors, elle héla un taxi pour retourner chez elle ; elle ne pouvait décemment pas demander à ce traître de Pierre de la raccompagner. Un soleil pâle baignait la cité, elle s’efforçait de ne songer qu'à sa valise, aux alpes et à ses vacances, mais l'image de ce brun au teint pâle la hantait. Elle aurait voulu savoir, comprendre, l'aider de son mieux ; elle se devait juste l'oublier.

Le taxi la descendit devant son appartement des beaux quartiers. Elle lui demanda de l'attendre pour l'emmener à la gare. Un peu vite, elle sélectionna des vêtements qu'elle engouffra sans ménagement dans un vieux sac militaire. Environ deux heures après, elle était posée dans un épais fauteuil de la première classe d'express alpin.

Sur la route qui l’emmenait vers son repos, les souvenirs, de nouveau, se présentèrent : il y avait le chalet, ses grandes chambres inondées de lumière au petit matin, l’immense cuisine emplie d’odeur de pain chaud, de jambon de pays, de pommes de terre roussies et de liqueurs enivrantes, la piscine installée au pied des montagnes et le soleil sur le mont blanc. Avant son départ, Pierre l'avait appelé pour lui dire combien il était content pour elle. Il lui avait souhaité de bonnes et longues vacances ; elle partait deux mois en mai et en juin. Elle avait essayer de ne pas être trop méchante avec lui ; elle ne pouvait s'empêcher de se sentir trahie même, si au fond d'elle, elle lui était reconnaissante de l'avoir sortie d'un travail devenu trop envahissant. Elle en voulait beaucoup à Doriande. Elle connaissait le caractère arriviste de son amie, elle l'a soupçonnait de vouloir récupérer à son compte le cas Dumar.

Sans grand espoir, elle finit par demander à Pierre s’il l’honorerait de sa présence ; il avait dit oui par politesse et elle était partie un peu soulagée. Peu après Doriande l’avait salué d'un SMS lui prédisant un printemps au paradis sur un superbe site loin des tracas quotidiens. Pour Doris, il s’agissait surtout d’un long séjour de silence et de solitude chargé du lourd sentiment d’abandonner ses chers patients.

A la gare, une vieille voiture attachée aux services de l'hôpital attendait toujours. Doris s'y engouffra avec plaisir, jeta son sac de toile sur le siège passager avant de s'élancer dans les rues étroites de la cité alpine. L'habile véhicule se faufila entre les hôtels coloré, les magasins d’accessoires pour touriste et les restaurants typiques. Le jour baissant, elle croisa de rares badauds, surtout des jeunes en mal d'aventure faisant l'école buissonnière et des groupes de trentenaire sans enfant profitant d'une dernière escapade hors vacances scolaires.

Encore quelques rues encadrés d'immeuble de location aux fenêtres aveugles, et elle emprunta une route de montagne ; un long serpentant sous sapin l'attendait au bout d'un ultime virage. Le moteur gronda plus fort, elle agrippa le volant pour s'élancer sur la dizaine de virage la séparant de son lieu de villégiature.

Enfin, après un petit jeux de conduite montagnarde, la petite Renault stoppa devant la porte de chêne. Une jeune et jolie brunette l’ouvrit et vint promptement déchargé Doris de quelques bagages. Melle Fignace lui avait préparé la chambre du haut, celle avec la grande salle de bain et la baie vitrée donnant sur le lac. Doris adorait ce lieu de repos réservé d’ordinaire au chef de service. Mais, elle serait seule à occuper les lieux pendant les deux prochains mois. Seul Pierre viendrait peut-être.

Elle passa le reste de sa soirée sur la terrasse de sa chambre à regarder le lac. Deux trois barques y naviguaient encore sous le soleil couchant, transportant des amoureux transis ou des pêcheurs nonchalants. Elles progressaient au milieu des canards, des poules d’eau et des hérons égarés. Tous cohabitaient dans une apparente quiétude qui plongea doucement la jolie blonde dans un profond sommeil.

Rencontre avec Pierre

Alors que Doris venait d'aborder les lassais d'une route de montagne, le docteur Allégua rentrait dans ma chambre. Après, un rapide bonjour, il examina mes poignets. Avec une certaine ironie dans la voix, je pris la parole.

« Phénomène étonnant docteur, n’est-ce pas ?

  • Lequel ?

  • Mes cicatrices aux poignets, elles ont finit par totalement disparaître.

  • Nous étudions votre cas Mr Dumar. Ne vous inquiétez pas : vous réagissez très bien au nouveau cicatrisant.

  • Cette explication doit me contenter ?

  • Pour l’instant, oui. Relevez votre manche pour que je puisse prendre votre tension.

  • Bien. Il s’exécuta en fronçant les sourcils.

  • Quelque chose ne va pas ?

  • Vous allez me trouver idiot mais j’ai encore oublié votre nom.

  • Allégua. Tachez de vous en souvenir répondit-il en souriant. »

Déconcerté, Pierre nota sur la plaquette la tension quasi nulle de l’étranger avant de s’en aller toujours ses dents blanches au vent. Avant de passer la porte, il se retourna et ajouta :

«Le Docteur Image Doris est partie en vacance. C'est le docteur Allenda Doriande qui la remplacera. Elle vous plaira, j’en suis certain crut-il bon d’ajouter. »

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