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publication de mes élucubrations

29 Dec

Nouvelle psy

Publié par Clément RAULIN

Doriande et cauchemard

« Où est Mlle Doris ?

  • En vacance. Répondit Doriande tout en lisant les notes de sa collègue pour une énième fois.

Je restais face à la baie vitrée. Il faisait un soleil pâle dehors, des rayons printaniers tentaient de réchauffer mon corps au travers le verre ; quand j’avais pénétré cette pièce la première fois, la pénombre baignait déjà la vie extérieure.

  • Vous vous rappelez de vos entretiens avec elle ?

  • Evidement ! Pourquoi les aurais-je oublié ?

  • Vous ne vous souvenez plus des raisons qui vous ont mené en ces lieux. Vous avez bien oublié ces faits ?

  • Ce détail doit être inscrit sur les notes de Doris. Mais qui êtes-vous ?

  • Excusez moi, j’étais perdu dans les écrits de ma collègue et j’ai omis de…

  • Baliverne et vague excuse ! je veux juste connaître votre nom.

  • Doriande, docteur Doriande.

  • Pour ma part, je vous appellerais docteur. Il m’a semblé que Doris n’aimait pas que je la nomme ainsi.

  • Cela m’importe peu en tout cas, le principal étant que vous soyez à l’aise. De toute façon, nous sommes ici pour parler de vous et non de moi.

  • Pas de moi ! Du moins pas ce soir. J’aimerais beaucoup parler de… cette baie vitrée par exemple… je crois que nous tenons là un bon sujet de discussion, n’êtes-vous pas de mon avis. Je me retournais alors. Elle en avait fait de même et me fixait. Une étrange désinvolture lassait ses petites pupilles noires en peu terne : elle m’avait en pitié et devait maudire tous les malades de mon espèce.

Saisissant mes pensées par quelques pouvoirs bienfaiteurs, elle sourit avant de lâcher son piège.

  • Et de Color of Night.

  • Est-elle solide ? demandais-je en tâtant la structure froide et morte de la paume de main. A votre avis, il me faudrait beaucoup d’élan pour la traverser : trois mètres me suffiraient peut-être. Je suis fou, n’est-ce pas ? Vous êtes en train de vous persuader de ce fait. Après tout, que je saute ou pas… cela n’a pas franchement d’importance !

Désireux de replonger mon regard dans ses yeux quasi froids, je tournais la tête à cette réplique. Mais, elle s’était retirée de mon petit jeu pour inscrire frénétiquement, d’une écriture d’universitaire, une autre histoire. J’avais été pourtant certain d’avoir senti son attention peser sur moi tout le long de mes divagations. Abasourdi par son manque d’égard vis à vis de mon ego, je vins m’asseoir face à cette superbe brune aux yeux de jais.

  • Le son de la plume sur une feuille m’agace, ne voulez-vous pas cesser d’écrire pour soulager mes oreilles.

  • Vous n’aimez pas ce son car vous n’aimez pas écrire ou parce qu’il vous fait peur ?

  • Cette question pourrait me froisser docteur et je pourrais ne plus avoir envie de discuter avec vous. Vous avez aimé ce film ?

  • Non, il est trop irrationnel… un peu comme vous.

  • Je vois le topo : vous êtes vraiment une professionnelle, si ce terme ne vous dérange pas. Doris semblait plus cultivée et plus prompte à sortir de son cadre scolaire pour faire ressortir son talent.

  • Précisez ?

  • Vous enregistrez sans répondre. Elle cherchait à savoir sans fouiller, vous, vous foutez le bordel.

  • Vous êtes toujours vulgaire quand vous vous énervez ?

  • Evidemment, depuis tout petit, dès que je suis frustré je deviens grossier et méchant. Je grognais des dents pour illustrer mon propos. Son regard n’en fut que plus sombre et moins compatissant. Cette réponse vous convient-elle, docteur ?

  • S’il s’agit effectivement de la vérité, bien sur que oui.

  • Si c’est la vérité que vous cherchez à avoir de ma part, je vous conseille la drogue ou tout autre édulcorant de votre choix. Une telle solution paraît plus sûre dans mon cas.

Je lâchais cette phrase tout en me dirigeant de nouveau vers la baie vitrée.

  • Bon ! reprenons notre sujet. Je me trouvais désormais à quatre grandes enjambées du vide. Croyez-vous, docteur, que d’ici je suis assez loin ? je reculais d’un pas et sentis, cette fois de façon certaine, son regard défait déchirer mon dos. La distance doit être parfaite ; je ne voudrais pas m’écraser lamentablement contre la vitre et, ainsi, loupé ma tragique sortie.

  • Voulez-vous vous rasseoir, s’il vous plaît ! Sa chaise émit un léger craquement quand elle commença à se lever.

  • Pourquoi ?

  • Je préfère vous avoir face à moi pour parler. Elle m’observait et je ne pouvais en douter ; je lies alors dans ses pensées une part de l’abjecte explication à cette divagation agaçante ; elle me haïssait pour ce que j’étais, elle haïssait ma race, mon peuple abjecte et fou, un peuple dont j’ignorais faire partie, un peuple dont j’ignorais l’existence, un peuple dont son esprit, en partie hermétique, me taisait le nom. J’ignorais encore la signification de ce que je vivais, mais elle, elle la connaissait et l’idée d’une possible évasion de son cobaye par le vide la terrifiait.

  • Répondez seulement à ma question : ais-je assez d’élan d’ici ?

  • Arrêtez ! ! ! Ses bras se tendirent en un dernier rejet de la réalité et un cri abjecte déchira alors la nuit…

Loin de cette scène, au pied de la quiétude toute hypocrite de mont brumeux, Doris se réveilla en sursaut. Droite dans son lit, les bras tendus en arrière semblant la repousser loin de cette oreiller symbole de cauchemar, son cerveau lui passait en boucle l’image de cette homme plongeant dans un abîme dont elle ne pouvait discerner le fond. Complètement secouer, elle se leva et se dirigea vers le balcon d’un pas inquiet. La nuit étoilée rendait le lac si beau et le silence si solitaire ; espace d’eau perdu dans les montagnes. Il la rassurait un peu. Après tout, Doriande échouait rarement avec ses patients : pas plus qu’elle même. En fait, il n’existait aucune raison tangible pouvant expliquer ce cauchemar si ce n’était son état moral.

Interlude

Cette nuit citéenne avait été presque tranquille ; la guérilla habituelle profitant d’un peu de repos, avait laissé place à la quiétude d’un soir éclairé. Le monde idéal de nos pseudo politiques imposait à nouveau son implacable doctrine.

En réponse à cet excès de normalité moraliste, mes cicatrices s’étaient estompées, tel un mauvais songe. Dans une volonté de fuir encore un peu la réalité que je devinais tous les jours, je ne pus m’empêcher de bénir une médecine moderne aussi performante, et ses miracles quotidiens. Mais comment alors accepter sans cela, et de façon rationnelle, cette mystérieuse cautérisation. Le docteur Allégua n’avait pas cherché à répondre à cette question, tant qu’aux psy, on semblait m’en éloigner : je n’avais plus vu Doris depuis trois jours.

Plus les minutes passaient dans cette chambre sinistrement anonyme, plus je me demandais pourquoi j’avais joué avec elle : elle aurait sûrement pu m’aider à savoir qui j’avais été et ce que je devenais.

Retour au commissariat

Suite aux derniers événements, le gouverneur trônait de plus en plus souvent dans son bureau du commissariat. Dans la matinée, il y avait fait installé un second poste de travail pouvant accueillir deux de ses adjoints à la sécurité. Le divisionnaire avait regardé d'un œil torve deux colosses aux cranes rasés et yeux de fouine s'installer dans son domaine. Alors, quand l'occasion lui en fut permis, il n'hésita pas à interpeller son supérieure sur l'affaire Dumar.

« Alors Docteur, où en êtes-vous de votre côté ?

  • Nous devons reprendre demain avec une nouvelle psychologue. Doriande est la meilleur de toute l’équipe. Elle remplacera avantageusement l’autre, qui a du prendre des vacances.

  • Pour notre part, nous avons arrêté un autre suspect ; un fou dangereux que nous avons jugé inutile d’amener ici. Il est en cellule, au dépôt sud.

  • Pourquoi ?

  • Il a avoué avoir commis le crime du pont. Sourit le commissaire divisionnaire. Vous pouvez relâcher l’autre type. Que dois-je faire du suspect ?

  • Procédure 30, dirigez le vers la prison du palais gouvernementale. Il est certainement plus dangereux que vous le pensez. Pour Mr Dumar, je ne crois pas qu’il soit aussi innocent que cela dans cette affaire. Je vais dire à mes services de prendre en charge ces deux cas.

  • Je classe donc l’affaire et vous laisse le nettoyage.

  • Vous êtes parfait monsieur le divisionnaire. »

Transfert

Sans réfléchir, le gros Boss s’était ordonné et avait fait ce qu’il fallait. Le jour pointerait son nez dans trois bonnes heures et une sombre nuit enveloppait le commissariat général. Désireux de garder au moins le contrôle du transfert, il avait pris la tête d'un convoi en direction du dépôt sud. Il conduisait une large voiture blindé, son assistant, enfoncé dans le siège passager avait l'air renfrogné de l'homme courroucé par la situation. Derrière eux allait un fourgon noir conduit par les deux hommes du gouverneur.

Le dépôt sud se trouvait à une centaine de mètre du fameux pont. Sur le chemin piéton longeant la double voies qui traversent le fleuve, les policiers avaient interpellé un vagabond. A peine vêtu d'une sorte de cape d'un rouge incertain et d'un pantalon de toile belge, il psalmodiait des paroles délirantes au rare personne empruntant le pont à pied. Il avait assez rapidement représenté un second suspect idéal. Ses aveux avaient, selon les instructions de la direction centrale, coupé court à toute autre forme de recherche.

Le convoi mis une dizaine de minute à atteindre le dépôt. La grande herse en barrant l'entrée se leva à son approche. Le divisionnaire gara sa voiture sur le parking extérieur. Son adjoint ne lâcha pas du regard le fourgon qui s'engouffrait dans l'antre de la police. Les deux hommes descendirent, ouvrirent le coffre pour s'équiper de gilet pare balle et de fusil d’assaut. Ils pénétrèrent la cour par une porte dérobée, la herse s'étant refermé derrière le fourgon, pour se poster au côté du transport.

Les deux molosses avaient été se poster de chaque côté de la porte de sortie des prisonniers. Un grand homme blond en sortit en premier, engoncé dans un gilet floqué des insignes de la police, équipé d'un fusil à pompe et portant à la ceinture deux holsters bien équipés se dirigea vers le divisionnaire :

« Encore une affaire rondement menée par notre gouvernement.

  • Si tu le dis, tout ceci est trop expéditif à mon goût. L'adjoint avait sa phrase un peu vite, le regard accusateur de son supérieure en attestait.

  • Nous avons interpeller deux suspects, un semble complètement à l'ouest et n'a pas le profil d'un tueur, l'autre à avouer, je ne vois pas pourquoi en débattre. Le divisionnaire parla d'un voix sèche et monocorde

  • Tu fais comme tu le sens, c'est toi le boss de toute façon.

  • Bon, ils ont prévu quoi la haut ?

  • En plus des deux gusses qui conduisent le fourgon, ils nous ont envoyé deux soldats de la garde. Ils le prennent en charge à l'instant et ne devraient pas tarder. »

Sur ces mots, entouré de deux policiers lourdement armés et bâtis, un grand type, musclé avec de longs cheveux bruns recouvrant de petits yeux bleus plein de folie sortit du bâtiment du bloc sud.

Les gardes le poussèrent à l'arrière du fourgon et l'y accompagnèrent. Malgré l’age et le temps, le divisionnaire ne s’habituerait jamais à ces situations : il était trop obsolète pour ce monde facile. Pourtant, c’était là son devoir : le mal n’a plus sa place, de telle chose ne devait plus arriver. Nettoyer restait le maître mot et il si conformait, ce n'était pas sans une certaine amertume. Sur cette sombre pensée, il regarda le véhicule gouvernemental passer la grille et s'en alla, cette fois sans sa propre escorte.

Son adjoint et lui saluèrent d'un regard le patron de la police local avant de regagner sans autres paroles leur commissariat.

    Premier vrai contact de Doriande avec le cas DUMAR

    Le gouverneur était entré, un peu rapidement dans le bureau de Doriande. La belle brune avait eu à peine le temps de se lever pour saluer son supérieur, qu'il était assis en face d'elle pour entamer la conversation.

    « Avez-vous pris connaissances des notes de Doris ?

    • Tout a fait. répondit Doriande d’une voix neutre.

    • Quand pensez-vous ?

    • Nous devrions le faire sortir si mon entretien avec lui est satisfaisant. Doris l’estimait non dangereux pour la société.

    • Oui, mais il parait somme toute assez étrange qu’il est réagi comme il l’a fait face à une psy.

    • Face à Doris, Docteur, face à Doris ; ne l’oubliez pas. Elle a toujours eu des rapports étranges avec ses patients.

    • Je le conçois bien et c’est en partie pour cela que je lui est attribué cette personne et il a joué le jeu dont je le pensais capable. Pourtant, il m’a semblé qu’il pourrait vous avoir de la même façon.

    • Je vous promets qu’il ne me trompera pas, aucun n’y est jamais parvenu.

    • Je crois, hélas, qu’il est un peu différent des autres.

    • Que voulez-vous dire ?

    • Je ne peux en dire plus pour l’instant sinon vous accordez la primeur de la réelle identité de notre personnage. Il s’agit en fait de Mr Dumar Franck, écrivain. Il travaille pour une agence du vieux pont et possède un deux pièces miteux à l’impasse du nord au dessus d’un troquet.

    • Un personnage insipide et peu enclin à l’honnêteté en somme. Il pourrait être un Rebel.

    • Où le devenir si nous ne veillons pas à l’éliminer quand nous saurons ce qui nous intéresse.

    • Bien, je vais tacher de savoir ce qui s’est vraiment passé ce jour là et puis on avisera.

    • Soyez prudente ! »

    Il disparut aussi vite. Doriande joua alors de l'interphone. Elle demanda à ce que lui soit amené le prochain patient.

    Une trentaine d'heures après le passage du docteur Allégua, une infirmière me mena à ma nouvelle psychiatre. Derrière le bureau était assis une femme brune au visage allongé et aux yeux noisette. De toute évidence il ne s’agissait pas de Doris. Mais qui osait venir ainsi troubler ma vie? Quand j’entrais, elle ne dénia pas lever les yeux et resta plongée dans ses notes. Derrière elle, la lueur d'un beau soleil printanier passait à travers la baie dont les stores avaient été relevés.

    Dans l'atmosphère austère d'un simple cabinet dénué de toute fioriture, l’infirmière me laissa fermant la porte dans mon dos. Ce n’est que lorsqu’elle claqua que ses pupilles m’accueillirent.

    « Voulez-vous vous asseoir Mr Dumar ?

    A l’évocation de ce nom surgissant du passé à la manière d’un mauvais fantôme, ma tête sembla exploser, et ce n’est qu’avec beaucoup d’effort que je pus m’exécuter sans faillir.

    • Vous avez donc une longueur d’avance sur moi puisque vous connaissez mon nom. Pourrez-je avoir la chance d’en savoir autant sur votre personne.

    Elle me tendit promptement la main et sourit :

    • Docteur Doriande.

    Etrangement, au contact chaud de ses doigts fins et délicats, mon mal de tête s’accentua et je ne pus éviter d’esquisser une grimace de mécontentement.

    • Quelque chose ne va pas ?

    • Non, tout va bien. Mais pourquoi est-ce vous qui m’entretenez aujourd’hui ? Où est Doris ?

    • En vacance, mais vous le savez très bien. N’ayez crainte, elle m’a laissé ses notes et nous allons pouvoir reprendre là où vous en étiez arrêtés.

    Le mal, ma folie faillit me faire hurler et je dus enfuir mon visage dans les paumes de mes mains.

    • Désirez-vous voir un médecin maintenant ? vous ne pouvez rester ainsi plus longtemps.

    Elle avait lâché ses mots avec une compassion cachant à la perfection une hypocrite pitié, tout en venant vers moi. Alors qu’elle approchait ses mains blanches et chaudes, je sentis le mal s'évanouir. Je me dressais face à elle, la dévisageant de mes yeux injectés. Chacun de mes muscles faciaux se tendirent et un violent sentiment de destruction monta en moi. Et toute cette haine, ou, du moins ce qui semblait être de la haine, se portait sur cette grande brune. Jamais je ne crois avoir eu de telles pulsions auparavant et une peur illogique de moi même vint les accompagner. Nous restâmes à nous toiser un instant interminable, une fraction de vie immortelle avant la reprise de l’entretien à mon initiative.

    • Ça va mieux. Merci de vous en inquiétez. Grinçais-je.

    • Essayez donc de vous détendre un peu. Je ne vous veux aucun mal. Dit-elle d’une voix assurer en retournant s’asseoir. Si ça va mieux, on peut reprendre.

    • Si cela va mieux. Murmurais-je.

    • Vous dites ?

    • Si cela va mieux. Répétais-je en m’enfonçant dans mon siège.

    • Si vous voulez. Vous attachez beaucoup d’importance à la façon dont parlent les gens.

    • Non, je ne crois pas que cette affirmation quasi gratuite soit justifiée. Mais cela me semblait tellement naturelle de vous reprendre sur cette phrase. C’était un moyen comme un autre d’entretenir la conversation.

    • C’est important le fait…

    • Et pour vous, c’est si important que ça ce qui est important pour moi? coupais-je avec calme en la fixant.

    • Evidemment, c’est mon métier de m’intéresser aux gens. Répondit-elle avec une énervante assurance.

    • Agaçante !

    • Que voulez-vous dire ?

    • Votre assurance m’agace beaucoup ; vous collez trop à votre personnage.

    • Lequel ?

    • La brune supérieure qui assure chacun de ses pas mais ne les accordent pas.

    • Expliquez donc votre sentiment.

    • Votre pitié calculée et donc hypocrite rassure et calme. Mais votre assurance, ma chère, m’agace.

    • Que voulez-vous dire exactement ?

    • Vous me faites royalement chier. Alors que je lâchais mon insulte avec une vergue effrayante j’eus la désagréable impression qu'elle m’avait soufflé ses mots.

    • C’est une habitude pour vous d’être grossier.

    • Non, je n’en sais rien après tout. Mais pourquoi fouillez-vous ainsi dans mon cerveau? Ce qui a de l’importance pour moi, mes habitudes et puis quoi encore.

    • Certaines personnes dont vous faites partie veulent savoir la vérité sur vous. S’il vous semble être persécuté, dites-vous que c’est pour votre bien.

    • Si c’est la vérité que vous cherchez à avoir de ma part, je vous conseille la drogue ou tout autre édulcorant de votre choix. Une telle solution paraît plus sur dans mon cas. Et puis, je croyais que l’on devait reprendre là où on s’était arrêté la dernière fois avec Doris.

    • Vous avez raison. Il est temps d’avancer un peu. De quoi vous rappelez-vous avant votre entrée à l’hôpital?

    • De rien ou presque. Mais vous, qu’en savez-vous? maintenant que j’y pense, personne ne m’a jamais dit pourquoi j’étais ici. Le seul indice ce sont mes cicatrices au poignet qui ont d’ailleurs disparu.

    • Bon, je conçois la légitimité de votre requête. Doris pensait, sûrement à tort, qu’il était trop tôt pour vous en parler. Pour ma part, je pense que cela peut nous permettre d’avancer…

    • Les faits et vite… s’il vous plaît!

    • La police vous a retrouvé avenue du Pont, près à sauter dans le fleuve. Vous aviez les veines entaillées qui saignaient abondamment. De plus, vous déliriez en répétant sans cesse que vous deviez le sauver et qu’il s’agissait là de la seule solution. Vous entendiez quoi par: la seule solution?

    • Je ne me souviens pas, balbutiais-je avec effroi. Mais… que savez-vous d’autre?

    • Votre nom est Dumar, Franck de votre prénom. Vous êtes un jeune écrivain sans beaucoup d’avenir vu que l’éditeur qui vous employait doit fermée sous peu faute de ventes.

    • Ah!»

    La souffrance revint soudain avec le souvenir d’un vieil ami et elle me fit cracher ce cri de façon incroyablement abjecte.

    «Mr Dumar, Mr Dumar»

    La douce voix affolée s’éloignait de plus en plus. Pour la première fois je n’y distinguais plus le souffle de l’hypocrisie, remplacé par une étrange peur froide. Je la voyais en rêve, penchée sur mon corps inerte et glacial sondant d’une main tremblante mon pouls fuyant. Dans ses grands yeux brillaient toute l’humidité de la tristesse et du remord. Je pus me laissé aller à la douleur certain de ne pas tout avoir perdu dans cette première joute. La voix s’éloigna alors et les lieux devinrent de plus en plus sombres et mornes.

    Le même couloir, les mêmes lampes passèrent devant mes yeux désormais morts, les mêmes sons lointains chatouillèrent mon ouï. Soudain, je sentis le métal d’une aiguille pénétré mes chairs pour y déverser un flot chaud et agréable de liquide âpre. Instantanément, la douleur disparue faisant place à une extase qu’il me sembla avoir déjà vécu mais dont je ne me rappelais guère. Et, la nuit vint enfin, reposante au delà de toute espérance.

    Le temps passa vite: dix, douze heures s’écoulèrent. Je me sentais incroyablement bien comme baigné dans une substance ouateuse et caressante. Doucement, mon esprit s’était vidé de toute matière laissant place à des rêves beaux et étranges où des gens d’un autre monde s’enlaçaient dans des jeux d’amour parfait. J’avançais parmi eux et leur indifférence à mon égard: ils s’écartaient simplement sur mon passage. Pourtant, le chemin qu’ils me créaient ainsi semblait me guider vers un point précis, un endroit qui ferait de moi un des leur. Bientôt je vis un être tout vêtu de bleu turquoise me tendre les bras en murmurant des mots délicats dans une langue inconnue. Alors que j’effleurais l’un de ses doigts, un halo de lumière aveuglant me frappa avant de m’engloutir dans un tunnel de pureté. Mais, dans ce qui ressemblait au paradis, elle se trouvait là, démon devenu ange, si différente de la douce Doris.

    «Suis-je mort ? Dans ce cas, vous devez être St Pierre. Je vous imaginais masculin et plus vieux !

    • Désolez de vous décevoir, mais je ne suis que votre médecin. Vous êtes dans votre chambre à l’hôpital.

    • Alors je suis en enfer, il n’y a aucun doute, et vous devez être un démon. »

    La forte odeur d’éther qui m’assaillit alors et la dureté des draps plastiques martyrisant mon fessier dénudé me confirmèrent bien vite mon sentiment.

    « Que s’est il passé et quelle heure est-il ?

    • Vous avez du avoir un léger traumatisme cérébral lors de votre accident. D’après le docteur Allégua, celui-ci vous aurait laissé quelques séquelles, mais rien de très sérieux ni définitifs. Pour l’heure, il est minuit.

    • Rien de bien grave en somme.

    • Non, c’est seulement très douloureux : votre faible constitution actuelle a mal réagi.

    • Merci de me rassurer et pardonnez moi. A l’avenir, j’éviterais de vous faire peur.

    • On fera comme vous dites. Pour l’instant, tachez de vous reposer un peu. »

    Quand elle passa la porte je ne pus m’empêcher de regarder son fort jolie petit fessier : je n’avais jamais eu l’occasion de voir celui de Doris. Mais, il ne pouvais être moins beau. En tout cas, cette pensée un tant soit peu déplacer me surpris.

    Assis à côté de la machine à boissons chaudes, Pierre se forçait à boire un de ces cafés infectes qui sont seul disponible à de tels heures et que l’on aime donc. L’imitant, Doriande mit deux pièces dans la grande boite et vint se poser au côté de son amant.

    « Il devrait être mort, soupira-t-il.

    • Tu fais bien ton travail mon chère Pierre. Cela doit être la seule explication.

    • Si on me pose la question, je te promets de donner cette réponse là »

    Après sa conclusion, il se leva sans attendre l’approbation acquise de la plus étrange de ses collègues. Nonchalant, il se dirigea directement vers l’ascenseur ; au passage, il mit son gobelet contenant encore moitié de l’infâme breuvage dans une corbeille. Alors qu’il appuyait sur le bouton d’appel, il jeta la tête en arrière, inspira un grand coup et dit en riant : « on dira cela, c’est mieux ».

    Exténuée, la psy regarda son ami fuir une réalité qu’il ne pouvait de toute façon comprendre. Elle se leva, posa le verre en plastique sur la table pour prendre la direction de la réception et prévenir de son départ. C’est ainsi que se vidait doucement le bloc C, l’ex domaine de Doris.

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