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publication de mes élucubrations

18 Feb

petite plongée en eau trouble

Publié par Clément RAULIN

visite de courtoisie

Il se rit encore de ses deux hommes vêtus de bleu qui n’ont même pas pensé à l’intercepter. Cette atmosphère chargée de formol l’incommode profondément mais il veut la voir, pour s’excuser peut-être.

Il est 8 h, la nuit étend encore ses membranes hivernales sur la cité, une aubaine pour lui. Comme un fantôme, il a glissé sur l’asphalte du parking de l’Hôpital bloc C. Seul ajustement, pour faire face à l’excès de lumière des néons blancs se reflétant dans des parois trop clairs, il a chaussé des lunettes teintées sur son visage blafard.

Vêtu simplement, il a depuis longtemps appris l’art de se fondre en tout endroit quand cela lui est nécessaire. Il est tôt ce matin-là, de loin, il avait suivi l’ambulance car il voulait la voir de nouveau, être sûr.

En ces moment-là, sa force résidait en sa discrétion et une forme de séduction transparente. Malgré l’heure matinale, il avait pénétré les lieux sans soucis et progressé avec une légèreté quasi surnaturelle dans les couloirs de l’hôpital. Tous lui avait indiqué le chemin à suivre, même le grand chirurgien à l’œil inquisiteur n’avait rien trouvé à redire, jusqu’aux deux policiers officiant devant la porte. Quand il entre dans la petite chambre, une infirmière trop fluette à son goût vaque à arranger les oreillers et les draps de sa nouvelle patiente. Avisée d’un bruit dans son dos, elle tourne son visage au teint halé vers l’intrus, avec toute l’assurance de quelqu’un prête à en découdre avec un inconvenant. Le croisement de leur regard adoucit sans détour son caractère et, c’est avec un ton mal assumé qu’elle lâche sa phrase tout faite.

« Qui êtes-vous ? demande la dame en blanc.

  • Un ami de la famille, répond-t-il souriant et charmeur.
  • Bien, mais ne restez pas trop longtemps, elle est encore très choquée. Me Moldave venait juste d’être transféré à l’hôpital. Elle minaude presque en quittant la pièce.
  • Ne vous inquiétez surtout pas. »

Il pose sur la fille un regard empli de compassion. Il reste en elle un peu de beauté avec ses cheveux noirs collés sur un visage un peu trop ovale. Sur un nez fin, la providence lui avait posé deux grands yeux bleus désormais couronnées d’une tranquille terreur. L’image de son mari se faisant voler sa vie devant elle y est encore graver. La caresse de sa main dans ses cheveux n’y change rien, elle comme pétrifiée, statut de vie à la merci de sa proie. Il se penche à son oreille et lui murmure :

« Tu ne sens pas ses yeux caressant la moindre parcelle de ton corps, frôler ton regard encore vide. La nuit dernière, il t’a senti, il te connaît désormais et il t’aime comme peut aimer l’être qu’il est. Mais, il t’a fait souffrir en enlevant ton mari à jamais sous tes yeux. Son destin est cruel ; enfant du mal, serviteur de forte puissance, il ne peut y échapper. Pourtant, toi, tu as certainement le pouvoir de lui venir en aide, il l’a vu dans ton regard alors que tu jouissais. Un seul mot de ta part et il t’emmènera loin de cette vie qui vous cantonne. Fou de douleur, il s’approche de ton corps à l’esprit endormi, ses doigts frémissant vont à la rencontre des tiens, son souffle froid vient se mêler au chaud du désir de vivre sortant de ta bouche. Timide, il passe sa main dans tes cheveux, la laisse descendre sur ton cou. Il en approche ses lèvres blanches. Soudain, tu le vois dans ton cauchemar éternel. Tu le reconnais comme un faible espoir dans la noirceur de tes souvenirs. Mais, il t’échappe déjà. Tu remarques son affolement, tu le revois tuer ton mari, le lacérer de ses griffes blanches en le vidant de son sang. Ton reliquat de conscience tremble : tu as peur et il s’agit de ton dernier sentiment. Qui est-il ? »

Sa litanie achevée, il s’évanouit de nouveau dans la nature. Ce matin-là, bloc C, de nombreuses personnes ont le sentiment d’une parenthèse dans leur vie.

Me Moldave

Son lit en position mis assise, Me Moldave a le regard fixé sur la vitre cassée par où pénètre une brise glaciale. Il est 8h30, affolée, l’infirmière baisse promptement le store afin d’en atténuer l’effet. Harry la suit de près dans la pièce : il est accompagné d’une grande brune aux pupilles bleues, le reste de son équipe planche encore sur la maison et l’identité des ennemies probables.

« Que vous a-t-il dit exactement ? Son ton n’est pas tendre. Me Moldave est censée être en protection rapprochée et un individu, dans une indifférence totale, vient de lui rendre visite. Dans sa phrase, il se jette vers la fenêtre, rouvre le store et regarde dehors. Ils sont au sixième étage, le mur n’offre n’y balcon n’y saigné, il s’agit d’une paroi lisse n’offrant aucune accroche d’escalade. Furieux, il envoie un policier vérifier le toit et l’autre le jardin par acquis de conscience. L’homme leur a échappé. Il se retourne vers la fluette infirmière.

  • Je ne sais plus très bien. Je pensais que c’était un ami de la famille. Et puis, vos gardes l’ont laissé passer, répond-t-elle les larmes au bord des yeux.
  • Elle a l’air surprise par ce qui vient d’arriver. Je ne pense pas que vous puissiez la considérer comme responsable, interrompt Doriande. Mettez-vous à sa place, elle a laissé entrer un type probablement fou dans la chambre d’une malade.
  • Très bien, j’adhère donc à votre point de vue. Mademoiselle, voulez-vous dire à mes collègues d’appeler le poste pour signaler ce qui vient de se passer ici, demande l’inspecteur à l’infirmière sniffant.
  • En attendant les renforts, Docteur, pouvez-vous me dire ce qu’elle a exactement ?
  • Elle a dû voire des choses terribles et par trop inacceptables pour sa pauvre conscience.
  • Cela devait être terrible effectivement. Puis-je vous apprendre que la personne dont vous venez me décrire la sensibilité de l’esprit est fichée.
  • Que voulez-vous dire par là ?
  • Notre gentille fille se trouve être une ancienne toxico fleuretant avec la rébellion dans l’objectif avoué de ruiner des gens comme son père. Si vous aviez étudié votre cas, vous sauriez par ailleurs qu’elle est une cliente avérée de la clinique des Alpes de notre chère Docteur.
  • Des lubies d’adolescente, inspecteur. Sachez à votre tour que vous ne m’apprenez pas grand-chose. Cette jeune fille, si impertinente eu-t-elle été, vivait une vie des plus rangée.
  • Et ses nombreux amants ?
  • Je répète : une vie rangée et normale à notre époque.
  • Le verdict du médecin est donc ?
  • Elle a tout vu du massacre de son mari et ne peut accepter sa vision. Le choc a dû être très dur et je n’aimerais vraiment pas être à sa place.
  • Moi si. Au moins, je connaîtrais l’auteur de ce drame.

« A trop vous acharnez sur la piste de ce prédateur dans l’état actuel de vos connaissances sur ses semblables, cela ne serait trop tardé mon pauvre ami », songe-t-elle.

  • Inspecteur, permettez-moi de vous dire que vous n’êtes qu’un cynique personnage.
  • Et vous, une psychiatre instrumentalisée qui me fait chier. Mais étant donné que j’ai extrêmement besoin de vos services, je laisserais cet avis de côté pour l’instant.
  • Vous me laissez donc du temps. »

 

Commissariat

Dans le temple de verre, le haut-commissaire tourne en rond, naviguant nerveusement entre les tables où œuvrent ses collaborateurs. Harry est figé face à la vue dantesque de la cité. Cette vision lui donne à la fois le vertige et une sensation d’effroi irrationnelle.

« Du temps ! Elle ose dire qu’il nous faut du temps, hurla le boss assis, les bras levés au ciel, derrière son grand bureau de verre.

  • Elle l’a dit, elle l’a dit et a, malheureusement, tout à fait raison. Son état est assez désespérant.
  • Alors, si je résume, nous avons un seul témoin et celui-ci ne peut rien nous raconter, nous écrire, nous indiquer, rien de rien. Harry, on est dans la merde à moins que vous ne sortiez votre putain de génie.
  • Une semaine, n’est-ce pas ?
  • Les lois ne changent plus si vite quand il s’agit de les défaire. Une semaine, avant son internat comme seule coupable possible. »

Ballade

Comme à l’accoutumé, la rue est calme ce soir, imperturbable ; chacun vague, silencieux, à ses occupations. Parmi ces inconnus indissociables ou presque, l’inspecteur avance, nonchalant, allant d’une vitrine à l’autre, insouciant à la vie avoisinante. Dans sa tête les faits se bousculent inlassablement : il revoit la maison, superbe, perdue mais pas trop au milieu de cette forêt de privilèges, le lierre parfait, l’escalier implacablement propre, la chambre immaculée et cette horreur rarement vu : un meurtre sans trace et sans suspect apparent. Tel l’aigle sur la proie, il a plongé, tué sa victime de ses serres acérées avant de repartir sans ne laisser aucune signature.

Au-delà des vitres éclairées, tous les vêtements se ressemblent, veste de coupe égale, jupe au taille identique, seules les couleurs différencient un tant soit peu la morne mode de ces dernières années. Il lui semble même voir sur les enseignes aux nuances délavées, des noms symétriques et dépourvus de relief. Derrière elles se cache la vie pâle, et le relent intériorisé de médiocres créateurs. Quant aux grands, à ceux qui autrefois éclaboussaient leur public de leur folie sans nom, ils se terrent à l’ombre de ces marques et de leurs nouvelles stars. Dans la poussière de vieil atelier passé de mode, ils rêvent, comme beaucoup, à la fin de ces lois qu’ils ont parfois contribué à élaborer pour la paix de la société.

Un vent glacé se lève soudain dans la rue. Harry, soumis à un vieillot réflexe conditionné, relève le col de sa veste beige. Un homme vêtu d’un lourd manteau bleu, conforme au canon du moment, ralentit alors le pas pour l’observer du coin de l’œil. Par son indiscrétion, il rafraîchit l’esprit de l’inspecteur. Aussi incroyable soit-il, la rue et son anachronisme le stimule ; il s’y sent fort, différent, seul comme est un roi parmi ses sujet. On le remarque, on chuchote sur son compte comme autrefois on grimaçait face à un étranger et cela lui plaît. Il comprend ainsi son tueur, tel lui, il s’efforce de se marginaliser, d’agir à sa façon.

Ces turpitudes l’emmènent doucement au sud de la ville, le long des anciens quais datant de l’industrie minière. Baignée dans une douce brume montant du fleuve, ils allongent leurs formes sombres dans la nuit. Des plots d’ancrage au chômage semblent veillés dans le brouillard. Pareils à des soldats, ils guettent l’arrivée incertaine d’un bateau. Dans cette douce attente, ils se sont endormis sur leur base laissant libre de s’y loger les algues et les mousses verdâtres venu du large. Des odeurs nauséabondes s’en échappent, mélanges ocre, âpre, semblables à des relents de fritures et de fruits de mer trop vieilli au soleil, elles envahissent les quais. De l’autre côté des pavés mouillés s’élèvent les masses éternellement noirâtres et délabrés des entrepôts. Sous leur chapeau de tôles pourfendues, s’étalent des sols éventrés par le temps, parsemés de flaques d’eau parfois aussi grandes que des étangs. Seules quelques mouettes y logent encore, attirées par le poisson vivant dans les flancs des quais. Leur cri aigu dérange à peine Harry dans sa promenade noctambule.

Plus loin, les carcasses d’acier laissent place au petit port et à ses enseignes de bord de fleuve. Toutes sont aujourd’hui éteintes, les vitres des bars et des hôtels d’avant ont revêtus leur peinture blanche de fin de carrière. Les murs de ces lieux abandonnés suintes de liquides sombres mélange d’eau et de salpêtre, qui lézardent jusqu’aux trottoirs détrempés. Ce décor aussi sombre que puant nage dans un brouillard rampant, infiltrant ses excroissances partout.

Odeur et froide humidité ont fait fuir jusqu’au dernier clochard, s’offrant ainsi aux rebelles en mal de paysage humain. L’inspecteur venait souvent y fureter quand l’esprit du suspect lui échappait. Respirant doucement, il s’imprègne de l’atmosphère des lieux. Parfois, il préfère fermer les yeux pour se rappeler des années passés en cet endroit.

Cinq ans plus tôt, au début du régime d’indépendance, il avait déjà déambulé sur ces mêmes quais. Novice, enchevêtré dans un uniforme trop étroit, il patrouillait alors, au milieu des camions, des commerçants, des pêcheurs et autres badauds amoureux des ports de marchandises. Comme eux, il s’était surpris à aimer ces grands navires en partance vers le large. Il avait partagé leur rêve de haute mer et de liberté. La vie ne reprenait jamais son souffle ici : échoppes en tout genre, cafés et restaurants ouvraient de nuit comme de jour pour accueillir les marins de passage ou en retour de pêche. L’odeur de poisson frais, de fruit de mer et des faibles relents de mazout animaient l’atmosphère. Parfois, un cargo ramenant des tulipes des hauts pays, aiguillait les lieux de ses senteurs.

Puis, le nouveau gouvernement, féru d’indépendance, installa un port moderne, plus grand, plus rentable et moins humain, à l’est et fit construire le pont des libertés rendant impossible d’accès les quais au cargo des grands larges. Les beaux marins venus d’îles imaginaires disparurent des bars, emmenant au loin leur senteur de haute mer. Les restaurants fermèrent après les hôtels faisant fuir les derniers pêcheurs vers des cieux plus cléments. Dans cette douce fuite vers la déperdition de ces quais, il était devenu un nettoyeur.

Pendant les deux ans qui suivirent le départ des gros cargos, de petits caboteurs prirent d’assauts les hangars en fin de carrière. Une mafia s’installait insidieusement comme une mouche trop heureuse de trouver un coin calme et humide. Elle se colla aux chairs putrides des rebelles et autres clochards rejetés par la société nouvelle. L’endroit devint bientôt plus malsain que les fronts de guerre au nord. Pernicieux, rebelles et mafias s’alliaient parfois pour les combattre. Ils étaient devenus des soldats vivants dans des camps retranchés. L’ancien commissariat du port fut bientôt coupé du monde. L’ennemi de l’ombre en était arrivé à sectionner les conduites d’eau et trancher les câbles d’électricité avant que les lieux ne deviennent dangereux pour eux-mêmes.

Pour résoudre ce problème le gouvernement bien installé donna procuration à sa milice ; une armée privée sans scrupule qui poussait l’ennemi à la noyade s’il ne retournait pas son arme contre lui-même. Les clans finirent pas s’entre déchirer et installer un état de guerre permanent. Harry fut alors déplacer vers le centre où régnait l’ordre, à peine à deux kilomètres du chaos.

Ce fut le brouillard qui classifia ce regrettable dérapage. Il monta doucement un hiver, s’extirpant des eaux chaudes du fleuve par quelques phénomènes inexplicables. Les quais devinrent gris, sans relief, camouflant leur bord aux farouches combattants. Il glissa sur tout le secteur, envahissant de son opaque et humide substance la moindre habitation ou campement de fortune. Il portait une forte odeur de vieille flasque et nombre de particules malvenues provenant des entrailles du cour d’eau. Tranquillement, le fleuve envoyait son armée de mort, les pavés, les demeures, les couches des soldats et la cocaïne des malfrats devinrent bientôt plus détrempés qu’une chaussette avant essorage. Les hommes tombèrent malades en ingurgitant des aliments prématurément moisis quand ils ne finissaient pas dans le fleuve caché à la vue des imprudents. D’aucun pensait que le printemps chasserait le brouillard putride, mais ni l’été, ni les deux ans qui suivirent en eurent raison. Au matin d’un dernier automne, alors que les rats et les clochards avaient déjà tous péris ou fuis, les deux camps comptèrent une dernière fois leur cadavre avant de rompre le combat.

En l’état depuis, les quais ouest attendent, survivant dans la mémoire et le cœur de quelques anciens noctambules. Au loin, la silhouette lourde d’un homme se découpe. Comme l’inspecteur, il flâne, s’inspirant des lieux pour quelques missions délicates. Curieux de nature, Harry concentre sa vue sur lui. Le brouillard le laisse apparaître petit à petit. Il porte un long complet sombre au large col relevé lui arrivant à hauteur des yeux. Sous son ample chapeau dépasse de petites bouclettes claires. Sans compromission, il avance vers l’inspecteur, sa sagacité au moins aussi aiguisée. Il devient alors plus descriptible à chaque mètre. Il est immense, fin avec de larges épaules. Ses enjambées son calmes et assurées enclin à la détermination digne d’une force de la nature. Ses yeux sont deux raies pâles et luisantes et quand le regard d’Harry peut enfin se poser dessus, l’inspecteur sait qu’il s’agit là d’un ami.

Un ami

Face à face, il ne se juge pas, il se contente de s’observer, d’apprécier la quiétude et la sagacité de chacun. Sans mot dire, Harry reprend sa marche, le géant le laisse passer avant de l’accompagner. Ils avancent ainsi côte à côte dans le brouillard de plus en plus trouble. La nuit qui progresse dans ses heures s’accompagne petit à petit d’un froid transperçant et vicieux. Harry, accompagné désormais de son ami silencieux regrette soudain la redingote de l’inconnu conventionnel en fixant le bout des quais.

Autrefois, l’enseigne tapageuse du « Bleu dansant » se balançait dans la brise maritime en cet endroit. Le plus grand piano bar de la ville accueillait une population hétéroclite se situant entre le maltais conducteur de bananier et l’espagnol, tâcheron sur le plus rebutant des voiliers du port. Cet étrange maelström donnait une fête permanente sur des musiques internationales, quasi imperceptibles sous les chants nordiques des marins suédois ou le son de bagarres enjouées. Le patron, une ancienne comptable, offrait une tournée sur deux avant de louer des chambres à des prix exorbitants au pauvre bougre incapable de repartir sur ses jambes. Il ne s’agissait pas d’une maîtresse femme, mais d’une légère fillette d’apparence sans défense, mais pouvant faire face à n’importe quel malin.

Son compagnon lui rappelle cette ambiance d’hier. Une larme point au coin de l’œil, alors qu’il fixe la faible lueur encore émise par ce lieu de culte. Mala, la gérante n’avait pas fui avec l’arrêt des activités licites ou le brouillard ; elle avait toujours assuré le service et gagné sa vie en restant fidèle à son vieux zinc. Un jour d’hiver, alors que les mafieux installaient leur table de poker dans son grand salon, la milice est venue lui prendre la vie. L’inspecteur se rappelle cette horrible vision venant mettre fin à une partie de son existence. Plus tard, après que l’on est démonté l’enseigne, des anciens sont venus rebrancher les lumières de l’entrée directement sur le secteur. Le cœur en larme, il compte les minutes de silence qui s’écoulent entre eux ; l’impression d’amitié de la rencontre s’estompe doucement au profit d’une certaine appréhension. Une voix rauque et posée vient couper ce sentiment étrange :

« Vous venez souvent chercher la solution ici ?

  • A chaque fois que les choses ne collent pas dans les enquêtes, je trouve cet endroit fort sympathique. Mais vous, qu’est-ce qui vous amène ici ?
  • La même chose que vous ou presque, je cherche la solution et je pense la trouver en ces lieux.
  • Vous pensez aussi qu’il peut se trouver ici ?
  • Non, rien n’est moins sûr. Mais l’ambiance des quais nous rapproche pas mal de cet être.
  • Vous savez de qui il s’agit ? A cette question, Harry stoppa son avance pour faire face à l’étranger.
  • Peut-être, répond-il en levant les yeux. Ne le cherchez plus cher inspecteur. Il planta ses pupilles incroyablement claires dans celle de l’inspecteur. Les forces en jeux vous dépassent même si vous êtes amène de les comprendre.
  • Que voulez-vous dire ?
  • Oubliez cette affaire avant que les choses tournent mal pour vous
  • Avez-vous une bonne raison pour m’empêcher de sauver une innocente ?
  • Votre femme et votre fils vous aiment plus que cette fille. Je ne voudrais pas qu’ils vous perdent en tant qu’homme. Ces yeux deviennent incandescents avant qu’il ne continue d’une voix tremblante d’émotion. Ne cherchez plus, laisser moi faire.
  • Vous savez bien que cela est impossible alors donnez-moi plutôt un conseil pour arrêter cette crapule.
  • Bien. Il est différent, suffisant pour transformer votre vie pour l’éternité. Certains lieux et certaines choses doivent rester dans le secret de leur existence. Souvenez-vous des malédictions délivrées au début du siècle dernier par les égyptologues. »

Sans rien ajouter, il tourne le dos à l’inspecteur impassible qui le regarde s’éloigner dans le brouillard. Il l’absorbe comme il l’avait craché, dans un silence effrayant. Seul, sur les quais encombrées de leur toge laiteuse, Harry sent ses forces fuirent au profit des larmes de son cœur. Jamais, il n’avait ressenti une si grande tristesse alors que nul raison sérieuse ne poussait son âme dans ce sens.

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