Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

publication de mes élucubrations

06 Feb

Publié depuis Overblog et Twitter

Publié par Clément RAULIN

Vient l'enquête

«...Aussi incroyable que cela puisse être, aucune trace de sang ne se distingue ni sur les draps, ni sur le sol, ni sur les murs et encore moins sur la victime. Hormis, les traces de lutte et de griffes marquant le lit, rien ne laisse paraître l’agression si on ne compte, bien entendu, le cadavre froid et cette pauvre fille au regard vide.» Harry avait écouté cette phrase lapidaire résumant une nouvelle scène de crime, avant de raccrocher le combiné.

Une nouvelle fois, le téléphone le sortit trop tôt du lit. Son cerveau est encore à peine fonctionnel et le café fait sentir son poids de liquide ratée sur son estomac fragile. Pressé, il n’a enfilé qu’un pantalon de toile, une chemise de flanelle et une légère veste. A l’approche de Noël, il sait qu’il va maudire cette journée commençant sur le terrain à sept heures. Les mains serrées sur un volant en cuir trop froid, il fixe le vide qui se déroule sous les pneus de son audit. Sans réel anxiété, il quitte la lointaine banlieue nord, sorte de havre apaisant pour employés semis importants. Son laconique interlocuteur l’attend plus bas, à une dizaine de kilomètre au sud de la cité où vivent les gens vraiment riches dans de belles villas au milieu de grandes propriétés vertes. Son cerveau fait le tour de cette cité hyper stylisée, voir même stéréotypée et ne sait trop si cela lui convient ou le révulse.

Toujours peu réveillé, il se gare un peu maladroitement derrière un gros fourgon bleu, le long d’un mur au ton vieux neuf. En dehors de l’habitacle, le froid le saisit. Tremblant de la tête au pied, l’inspecteur Harry Delsmon sonne au dixième de l’avenue du parc. L’impressionnante bâtisse donne directement sur la rue arborée. Un gros type aux yeux cernés et engoncé dans un imper trop court lui ouvre la porte.

« Bonjour inspecteur, vous allez bien ?

  • J’ai un peu froid Arthur.
  • On a du café. »

Sur cette phrase, Harry pénètre dans la demeure en savourant la chaleur. Il suit en zombie son subordonné ou travers de pièces où des policiers s’affairent à rechercher la moindre trace, le moindre indice. Ils cajolent les objets du regard avant de s’en saisir afin de les observer de plus près, ils espionnent chaque latte du plancher, chaque centimètre des profonds tapis, chaque tâche de l’escalier de marbre. Telle des fourmis, ils cherchent ce petit plus apte à nourrir leur enquête, leur soif de connaissance.

Guidé par Arthur, il escalade les marches pour aboutir à la chambre funeste du premier étage. Autour du lit où repose la victime, un beau blond au corps d’esthète, Jennifer Nillé, une jeune inspectrice à la peau ravagée par des cicatrices d’acnés discute avec un secrétaire répondant au nom de Lindo Alloc.

«Qu’est-ce que l’on a? demande-t-il presque machinalement.

  • Un cadavre vidé de son sang dans une pièce immaculée, une fille aux yeux aussi bleus qu’inexpressifs et un drôle de meurtre sur les bras, répondit Jennifer avec une voix fatiguée.
  • Des indices?
  • Aucun, hormis quelques poils sous les ongles du mort. J’ai demandé au légiste de comparer avec ceux de sa femme et du chien.
  • Bien. Où est la fille ?
  • On l'a transférée à l’hôpital un peu avant ton arrivée.
  • On devrait descendre à la cuisine, le café est sûrement prêt, coupe Arthur. »

Alors que l’équipe entreprend de descendre vers la cuisine, seul lieu apprécié par l’imposant inspecteur dans cette maison, Jennifer reprend :

« Bizarre cette histoire tout de même.

  • Comment, dit Harry interloqué par cette soudaine prise de parole. Ah! oui, vous avez raison. Il fait plutôt froid ce matin, on sent l’arrivée de Noël. Vous aimez cette époque Nillé.
  • J’adore, c’est bien un des derniers plaisirs que nous avons dans cette cité.
  • Je pourrais vous arrêtez pour cette parole, s’offusque Harry d’un ton ironique.»

Tout de marbre, laiton clinquant et verre noir leur apparaît la cuisine immense. Une jeune fille occupée à emplir des tasses de liquide noir et fumant sourit à la vue d’Harry.

«Vous avez une touche, murmure Arthur.

  • Vous vous rendez compte de ce que vous pourriez faire ici ? il y a de quoi satisfaire la moindre de vos envies Arthur, rigole Lindo avant d’ouvrir l’impressionnant réfrigérateur qui s’avère être plein. Et en plus, j’ai raison.»

Pensif ou exténué et frigorifié, Harry vient s’asseoir devant la jeune stagiaire.

« Vous songez à votre famille et à Noël ? demande la charmante jeune fille.

  • Oui, entre autre. Les enfants m’ont fait des listes impressionnantes et je tremble à la pensée des heures sup. que je vais devoir effectuer pour accéder à leur requête.
  • Vous parlez bien Harry, ironise Jennifer en saisissant une tasse fumante. A propos, vos fils se portent bien ?
  • Oui, enfin je pense, je n’ai pas eu le temps de les voir ce matin. Fichu boulot. Tiens, justement, si on en parlait un peu. Qui a découvert le mort ?
  • La police. Ce matin à quatre heures, leur alarme c’est mis en route. Une brigade des rues est alors intervenue. Ils ont dû utiliser leur passe pour entrer et ont découvert la scène. La fille était pétrifiée, tétanisée devant le cadavre de son mari. Il venait semble-t-il de lui faire l’amour où était en train de le faire quand il a été assassiné.
  • Il est mort heureux dans ce cas. Elle a déclenché l’alarme ?
  • Je ne pense pas, d’après les policiers elle ne parlait pas et refusait de lever les yeux sur eux. De leur avis, c’est le tueur qui l’aura fait par mégarde avant de s’en aller.
  • On sait comment il est entré ?
  • Aucune trace d’effraction et aucune ouverture. On répertorie sur l’heure les clefs de la maison pour savoir s’il pouvait en posséder une. Pour les demeures de ce coin, elles sont toute répertoriées au registre des rues avec le nom de leur détenteur.
  • L’identité du mort ?
  • Moldave Latef, ex flic, ex flambeur, héritier de plusieurs millions, il a fini par se caser en investissant du bon côté du tapis vert. Il fait fructifier son héritage, se marie avec la fille d’un associé minoritaire qu’il roule en le ruinant. En résumé : beau blond de 40 ans ayant réussi sans s’être fait d’ennemi sérieux.
  • Normal, pour ce genre de personnage les cercles d’amis et d’ennemis sont constitués par les mêmes personnes, trouve bon d’ajouter Arthur. J’ai travaillé avec lui à ses débuts il y a environ dix ans. Il n’était pas mauvais, il reniflait assez aisément la drogue et la pute à cent mètres. Par la suite, il s’est mis à draguer les femmes de la haute société tout en les mettant sur la paille. En cinq ans, il connaissait beaucoup de monde et était connu de beaucoup, trop pour être flic, de l’avis de ses supérieurs. Ils l’ont viré avant qu’il ne décide de démissionner. Entretenu par ses maîtresses, il a attendu l’héritage paternel.
  • Hum, cela fait un tas de suspects sur notre route, conclut Harry après une longue gorgée de café. Notre homme devait déranger pas mal de monde : il avait jeté des gens en prison, fait des dizaines de maris cocus et ruiné ses partenaires de tout sexe.
  • Alors, on cherche où ? demande Jennifer.
  • Continué l’investigation sur les clefs : c’est une bonne piste. N’oubliez pas que la police des rues possède des passes ; j’espère me tromper mais Moldave était flic. Si la réponse n’est pas de ce côté, il doit s’agir de l’œuvre d’un pro et il ne doit pas exister des tas de gens pouvant avoir affaire aux services de tel personnage.
  • Et la femme ? souffle Arthur
  • On ne l’exclu surtout pas mais on reste discret. Je vais m’en charger à l’instant. Lindo, vous demandez aux policiers de fouiller le parc et faites surveiller les rues sur un périmètre de deux cent mètres.
  • Qu’est-ce que l’on cherche ? demande l’intéressé.
  • Aucune idée, mais cette histoire sent trop fort pour mon odorat délicat alors on fait vite. La piste est peut-être encore chaude. »
Commenter cet article

À propos

publication de mes élucubrations