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publication de mes élucubrations

26 Apr

Suite et histoires de personnes

Publié par Clément RAULIN

Retour de l'histoire d'elle

Assise sur la plage, son visage mouillé de larmes, ses cheveux châtains collés à ses douces joues rougies par le froid, sa petite valise posée à côté d’elle dans le sable humide, elle fixe de ses yeux bleus cette mer qui n’en finit pas d’aller et de venir. Les vagues, ses filles, viennent s’éteindre sur la plage les unes après les autres. Pour chacune de ses petites morts, elle verse une larme. Là, dans le froid, elle attend son retour improbable, le retour de celui qu’elle a connu et non de celui qu’elle a quitté. Tremblante, pleurante, elle espère toujours que le ciel bleu reviendra, qu’un jour le triste hiver sera passé, que la plage, de nouveau, serra le terrain de jeux des enfants et des amoureux se promenant bras dessus dessous sous les nuits étoilées. Nostalgique, elle se souvient des étés derniers, des automnes romantiques et des printemps magiques, des hommes qui l’enlacent en lui susurrant des mots d’amour dans l’oreille. Puis, elle le revoit, être étrange, amoureux de cinéma et de chansons douces. Par-dessus tout, il adorait les histoires sans fin, ces romances où le héros disparaissait toujours sans raison à la fin, ses histoires où les gens vivent comme on peut le faire, où les écrivains sont riches et les aventuriers nombreux. Elle le revoit, toujours différent, à jamais identique à lui-même, riant quand il aurait dû pleurer, jamais rasé, toujours correctement vêtu. Le paradoxe l’habitait, le poussait à vivre.

Mais, quand elle le rencontra, il glissait déjà doucement vers son destin ; irrémédiablement, il partait, s’éloignait de la vérité. Son personnage allait surpasser l’original, le détruire. Si seulement il pouvait revenir lui dire qu’elle était la plus belle, comparer ses yeux à la mer, appuyer sa tête contre son épaule. La perte d’un être cher ne vous semble jamais si insoutenable que lorsqu’elle vous frappe.

Au loin, des voiles passent, bateaux perdus dans la brume, navires sans noms voguant sur la crête de l’horizon. Pour elle, ils font partis du paysage. Ils sont comme ses gens que l’on croise, on ne les voit jamais vraiment, on leur sourit rarement. Pourtant, ils sont sûrement peu différents, ils sont comme elle avec leurs lots de problèmes, de malheurs et de bonheur. Ils rient, pleurent, aiment, haïssent, travaillent, ont des enfants. Aujourd’hui plus que jamais, elle aimerait être parmi eux, anonyme dans la foule, si heureuse qu’elle ne le saurait plus. Il détestait le conformisme, glorifiait les artistes, les acteurs et les marins. Il enviait les princes pauvres et les pauvres devenus riches. Il lui faisait tourner la tête quand il écrivait ; elle pleurait quand il parlait de mort comme d’autres parlent du beau temps. Mais, il ne s’en rendait pas compte. A force de solitude, tout cela était devenu terriblement normal pour lui. Dans ces moments, elle le détestait, voulait le fuir. Elle avait fini par le faire. Elle pense qu’il est mort en cette heure ou, du moins, ce qui lui est arrivé y ressemble : elle doit l’oublier.

Comme dans un rêve, elle voit cet homme marché sur la plage vêtu seulement d’un pantalon noir et d’une longue veste beige, ses longs cheveux noirs vont au rythme du vent. Il marche, les yeux un peu fermés en direction du sud. Derrière lui, il ne laisse aucune trace, aucune odeur, il passe simplement. Elle le regarde, les yeux humides. Il s’en va, ne s’arrête pas ; le sud l’englobe bientôt ne laissant dans son esprit qu’une image floue. Elle voudrait lui courir après pour voir qui il est, s’il est beau, si elle peut l’accompagner. Elle se trouve folle, esquisse un sourire au bateau qui passe, à ces marins qui regardent la plage accoudés au bastingage et qui ne la remarque sûrement pas. Mais son rêve se trouble, la réalité, le froid, la pluie se font oppressants. L’heure du départ approche, nonchalante, pas à pas, elle s’approche pleine d’opportunité et de promesses à venir : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » crie-t-elle aux gens qui passent.

Un bar et... un certain Franck

 

«Un vieux bar en bas de la rue, une allure de vieux films, une ambiance anachronique, et toi, Harry, inspecteur de ton état, assis sur un tabouret de bois, un demi devant ton regard de chien de chasse, tu y cherches l’inspiration. Derrière le comptoir de zinc, se tient George la Bour. Les vicieux diront qu’il a un nom prédestiné. Comme pour confirmer, il est rond, quasi chauve et porte avec fierté une paire de joues rouges vifs. Dans son dos, sur des étagères en bois brut, s’étalent des bouteilles et des verres aux reflets brillants et aguicheurs. Entre le barman et le bar, on peut admirer ses grandes manettes arborant, sur des étiquettes multicolores, des noms de rêve pour amateur de houblon. Les romantiques du bar les appellent des baguettes magiques. Tous ici, même toi, lecteur de mes délires, rêvent de les manipuler à la façon de notre serviteur. Elles pointent avec prestance vers le ciel, objets de culte jamais délaissés par l’homme de service.

Mais, n’ont-elles pas un formidable statut ? Les toucher, les abaisser et on obtient ce précieux liquide jaune et mousseux, l’or du pauvre, la tristesse du riche, l’ami de tous hormis des gens biens. Enfin, comment les oublier, eux qui ont l’effronterie d’attirer tous ces fous ; il faut aussi les choyer : les verres, tels des charmeurs, ont le pouvoir d’hypnotiser ceux qui les tiennent. »

Y pensant l’écrivain, le rêveur ne peut lui résister et, pour lui faire honneur, le vide d’une traite. Fatale décision qui lui vaut de lâcher sa plume pour s’écrouler sur sa table. George qui le regardait écrire depuis une bonne dizaine de minutes sourit en regardant Harry.

« Je crois que notre ami a fini son travail pour l’heure.

  • Il boit trop, je lui ai déjà dit, il le sait, souffle l’inspecteur de dépit. Je le remontrais chez lui tout à l’heure.
  • Merci, et cette affaire, tu avances ?
  • Bof, simple règlement de compte.
  • Tu y crois encore. Les mafieux ne sont plus que des rêveurs, ils jouent à faire semblant, à faire comme avant sous le contrôle éclairé du gouverneur. Tu vois, Harry, la police a gagné ce match là, la guerre est finie. Aujourd’hui, les truands ne sont plus que des honnêtes gens qui s’ennuient. Alors, pour se donner de l’importance, ils donnent dix sous à un gars en uniforme, achètent au noir des matières à peine euphorisantes mais autorisées. De là à tuer, il y a loin. Seuls les fous, les rebelles, des êtres à la cervelle malade osent encore s’amuser, tuer par jeu. Mais, si tu peux m’affirmer que des mecs qui sont équilibrés remontent des réseaux, s’insurgent contre la loi. Alors là, je suis d’accord et je veux en être, jouer les incorruptibles, les fous de guerre, crier que je suis soûl en abattant un truand. Vive Al Capon et Eliot Ness, le retour de Body and Klein, de Bogart et des autres, que les balles sifflent, que le Pacha joue avec eux. Les yeux de George brillaient d’envie en parlant. Il avait fait partie des dernières brigades d’intervention, il y a cinq ans déjà, quand le fric n’en finissait pas de venir ternir l’image de la police. Chef d’équipe, il avait démantelé avec minutie tous les réseaux, aidés par le gouverneur et sa volonté d’assainissement. Une fois fait, il avait démissionné et posé sa nostalgie en ce lieu, faux semblant de sa à sa guerre gagnée.
  • Et puis, on te retrouvera, un matin, au petit jour, la tête dans le caniveau, le corps se vidant de son sang par des trous si béants que même ta femme ne pourra te reconnaître.
  • Si seulement je pouvais être heureux quelques temps, pourquoi pas. Souffle le barman, une larme au coin de l’œil.
  • Comme l’autre alcoolique qui se prend pour un écrivain, et qui passe sa vie entre sa chambre et ici, à espérer qu’on le remarque. Pourquoi n’acceptez-vous pas le bonheur offert par cette cité, l’argent qui coule sur vos comptes et la paix. George, l’inspecteur prit un air sévère, il existe toujours des réseaux et plus que tu ne veux bien le croire. Bien évidemment, ils n’ont pas autant d’envergure qu’autrefois ; mais ils peuvent tuer comme de vrai pro.
  • Tu me désoles Harry, reprit George. Il serait tant que tu te réveilles, que tu laisses tomber ce job pour t’ouvrir à la vie, la vraie. Rejoint nous pour l’amour de Dieu et de la bière.
  • Non, on a besoin de personnes comme moi, assez éveillé et réaliste pour régler les problèmes posés par les gens comme toi, et assez endormi pour ne pas créer de problèmes.
  • Alors avale ta bière en attendant de devoir m’arrêter. »

 

« Sur ma feuille, les mots se troublent un peu, doucement le liquide magique fait son effet. Affaiblissant mes sens physiques, ils semblent m’éveiller à un autre monde, celui de George, celui d’avant. A la table d’à côté, deux jeunes me regardent comme l’on regarde un malade dans la rue. Dans leurs yeux, brillent cette minuscule lueur de compassion que je hais tant, cet air de ne pas y toucher.

Déjà, mon stylo m’échappe, notre serviteur me jette un dernier coup d’œil, mon verre se vide ; je le soupçonne de le faire seul. Elle est là, de l’autre côté de la table. Ses beaux cheveux noirs rejetés en arrière. Elle hoche la tête de gauche à droite avec ce sourire triste que j’aime tant. Et puis, j’oublie tout cela, encore et toujours, cette vie qui passe comme un train que l’on n’en finit pas de louper. Il est 21 heures, Harry me remontra me dis-je en lâchant tout, en m’en allant voir Morphée ».

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